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Electrification à horizon 2035 : un défi « ambitieux mais faisable »

Electrification à horizon 2035, prevision RTE

En sachant qu’un Terawatt-heure (TWh) équivaut à 1 milliard de kWh, de combien Terawatt-heure la France aura-t-elle besoin en 2035 ? Vous avez 4h.

Cette question est aussi essentielle que complexe. Heureusement, le gestionnaire de notre réseau électrique (RTE) travaille sur ce sujet et modélise des scénarios d’offre et de demande pour les décennies à venir.

Fin 2021, RTE avait marqué les esprits en publiant un rapport de grande qualité dénommé « futurs énergétiques 20501 ». Ce rapport devait servir de base aux politiques publiques pour dimensionner l’offre d’électricité permettant d’atteindre la neutralité carbone en France en 2050.

En juin 2023, soit moins de deux ans plus tard, RTE publie un nouveau document intitulé « comprendre et piloter l’électrification d’ici 20352 ».

Surprise : les prévisions de demande du rapport 2023 sont très supérieures à celles publiées en 2021. Que s’est-il passé en deux ans ? Quelles conséquences sur l’offre d’électricité à produire ? Est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour le climat ?

Coup de projecteur dans cet article sur ces questions passionnantes !

 

Quelles nouveautés dans la prévision RTE de juin 2023 ?

Ce qui surprend à la lecture du nouveau rapport, c’est la hausse significative de la demande prévisionnelle. Quelques chiffres pour y voir plus clair :

  • L’an dernier, nous avons consommé en France 460 TWh d’électricité.
  • Le scénario de référence de 2021 de RTE prévoyait 540 TWh en 2035. Le scénario le plus élevé tablait sur 585 TWh.
  • Le nouveau scénario publié en juin 2023 prévoit une consommation entre 580 et 640 TWh en 2035.

En termes d’usages, les prévisions ont notamment été revues à la hausse pour 3 secteurs clés : l’industrie, le numérique et les transports.

L’électricité s’impose plus que jamais comme un vecteur énergétique incontournable de la transition. Elle représente aujourd’hui 25% de l’énergie finale consommée. Cette part devrait s’établir aux alentours de 55% en 2050.

 

Pourquoi la prévision de demande a-t-elle été revue à la hausse ?

Cette question mérite d’être posée.

Un système électrique se dimensionne et se pilote sur le temps long. Comment planifier nos moyens de production si les prévisions de demande à moyen terme changent significativement tous les 18 mois ?

Dans son dernier rapport, RTE présente les principales causes de cette révision :

  • La guerre en Ukraine et la crise énergétique associée ont rebattu les cartes quant à la disponibilité et au prix des énergies en Europe.
  • La volonté affichée de la France de regagner de la souveraineté par la réindustrialisation et les relocalisations.
  • Le renforcement des objectifs climatiques en Europe avec le Fit55 qui fait passer l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de -40% d’ici 2030 à -55%.

Il y a donc une cause exogène (la guerre) et deux causes qui relèvent davantage d’un choix politique fort autour de l’ambition climatique et de la souveraineté.

 

Avons-nous les moyens de produire autant d’électricité en 2035 ?

Oui, c’est possible et c’est écrit noir sur blanc par RTE : « il est possible d’augmenter significativement le volume de production d’électricité décarbonée à l’horizon 2035 ».

Le gestionnaire du réseau alerte tout de même sur l’ampleur du défi à relever pour éviter de faire face à un mur énergétique à l’horizon 2030-2035. Une course contre la montre est engagée.

La construction de moyens de production d’électricité prend du temps et RTE insiste sur le fait que « les décisions doivent être prises dès aujourd’hui ».

Voici les leviers qui devraient nous permettre de réussir ce challenge :

  • D’ici 2030 : il faudra compter sur la démultiplication des énergies renouvelables terrestres
  • Entre 2030 et 2035 : un « relais de croissance » pourra être apporté par l’éolien en mer
  • A partir de 2035, le nucléaire apportera sa contribution avec les nouveaux EPR2

Perrine Mas, responsable communication de RTE résume ce que nous devons faire :

« Pour tenir les engagements de 2035, il faut à la fois doubler les énergies renouvelables, maximiser la production nucléaire, développer la sobriété et l’efficacité énergétiques ».

 

Pourquoi l’électrification est une excellente nouvelle ?

Avec le nucléaire et les énergies renouvelables, nous savons produire de l’électricité décarbonée. C’est particulièrement vrai en France avec un peu moins de 90% de notre production électrique bas carbone.

En électrifiant les usages, nous diminuons le recours aux énergies fossiles et donc nos émissions de CO2. L’électrification est un des leviers à notre disposition pour atteindre nos objectifs climatiques.

La mobilité en est une parfaite illustration. L’Agence Internationale de l’Energie (AIE) vient d’ailleurs de publier deux études marquantes pour illustrer cet état de fait :

  • En avril 2023, l’AIE estime que le boom de l’électrification des transports devrait « dynamiter la demande de pétrole » en 2030 en la réduisant d’environ 5 millions de barils3 par jour (ndlr : nous consommons environs 100 millions de barils par jour dans le monde aujourd’hui).
  • En juin 2023, l’AIE va encore un cran plus loin en annonçant l’atteinte probable du pic de la demande mondiale de pétrole4 avant 2030 grâce à l’essor de la voiture électrique.  

En plus des effets positifs sur le climat, l’électrification des mobilités porte des co-bénéfices comme la réduction de la pollution de l’air ou de la pollution sonore.

 

Que conclure sur ce nouveau rapport ?

D’abord une excellente nouvelle avec la retranscription d’ambitions réhaussées pour lutter contre le dérèglement climatique. Cette nouvelle prévision montre que la transition énergétique est en train de s’opérer dans notre pays.

Néanmoins, comme l’indique RTE, le défi pour parvenir à produire autant d’électricité décarbonée en 2030-2035 est colossal et le temps est compté.

Qu’on le veuille ou non, les énergies renouvelables terrestres ont un temps de déploiement plus court que nucléaire. C’est un fait. C’est donc sur ces dernières qu’il faudra compter pour assurer notre surplus de consommation d’électricité en 2030.

Un défi de taille, mais un défi enthousiasmant, fédérateur, et générateur d’emplois pour notre pays. Au travail !

 

L'équipe Business Intelligence Consulting  

 


1 https://www.rte-france.com/analyses-tendances-et-prospectives/bilan-previsionnel-2050-futurs-energetiques

2 https://www.rte-france.com/actualites/comprendre-piloter-electrification-ici-2035-conditions-cles-relever-defis-transition

3 https://www.iea.org/news/demand-for-electric-cars-is-booming-with-sales-expected-to-leap-35-this-year-after-a-record-breaking-2022

4 https://www.iea.org/reports/oil-2023